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13 septembre 2023

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@medialo.ca

CPE à Gaspé : l’élastique étiré au maximum

CPE LE VOYAGE DE MON ENFANCE

Le CPE-BC l’Aurore Boréale, en partenariat avec la municipalité de Saint-Valérien, annonce l’approbation de son projet déposé au ministère de la Famille : la construction d’un CPE supplémentaire de 21 places.

©Photo : gracieuseté Unsplash

De 2007 à 2021, ce sont 73 personnes qui ont été diplômées au Cégep de la Gaspésie et des Îles, soit à peine cinq par année.

La situation est précaire au CPE Le voyage de mon enfance, qui a sous son aile à Gaspé trois installations au centre-ville et qui prend soin d’environ 150 enfants.

Une série d’événements chez les éducatrices en a mis une dizaine sur la touche simultanément, sur une quarantaine au total. Si l’organisation a évité le point de rupture et les bris de services pour l’instant, la situation est tout de même loin d’être idéale.

En date du 13 septembre par exemple, sur les six éducatrices spécialisées présentes au CPE Le voyage de mon enfance – qui habituellement doivent œuvrer avec des enfants avec différents défis et différentes particularités comme des handicaps ou des enjeux d’intégration sociale – quatre d’entre elles ont été affectées pour prendre en charge un groupe.

« Si on fait un parallèle avec le scolaire, c’est comme si un aide-professeur prenait en charge une classe, donc il ne fait pas le travail pour lequel il est engagé, illustre le directeur Gilles Chapados. Sur papier, en théorie, je n’ai pas de bris de service. Je n’appelle pas les parents pour qu’ils viennent chercher leur enfant. Mais je n’offre pas une pleine qualité et ce n’est pas du tout optimal. »

D’autre part, certaines éducatrices qui viennent tout juste d’arriver et qui auraient besoin d’accompagnement pendant quelques semaines encore sont envoyées au front sans tous les outils nécessaires dans leur coffre. « Je me retrouve avec 10 ou 12 personnes qui ne sont pas dans la bonne chaise », ajoute le directeur.

Voir plus loin

 

Si tout va pour le mieux, l’état précaire de ces trois CPE à Gaspé devrait se résorber d’ici deux ou trois semaines. Certaines éducatrices reviendront de leur absence et d’autres seront formées à l’interne. « La plupart des éducatrices que j’embauche ne sont pas éducatrices, par exemple une commis en pharmacie qu’on forme à l’interne, précise Gilles Chapados. Pour reprendre l’analogie de tout à l’heure, c’est la même chose que si on allait aider dans une classe à l’école parce qu’elle est dans le trouble. On va s’en sortir, mais ce n’est pas notre métier. »

La stratégie permettra certainement de régler le problème ... jusqu’à ce qu’il se présente de nouveau. Le directeur voit déjà poindre les nuages à l’horizon et les besoins dans un futur pas si lointain. « Il va finir par me manquer 25 éducatrices d’ici deux ans. Il faut réfléchir à long terme. »

Gilles Chapados

©Jean-Philippe Thibault - Gaspésie Nouvelles

Gilles Chapados.

Sur les bancs d’école, le programme Techniques d’éducation à l’enfance peine à recruter de nouvelles recrues dans la région. La formation collégiale offerte au campus de Gaspé n’a pas pu démarrer cet automne faute d’inscriptions. De 2007 à 2021, ce sont 73 personnes qui ont été diplômées au Cégep de la Gaspésie et des Îles, soit à peine cinq par année.

Des démarches ont cependant déjà été mises sur pied pour pallier le faible recrutement.  Les personnes intéressées par une carrière de responsable de service de garde ont par exemple accès à une attestation d’études collégiales (AEC) grâce à un parcours travail-études de 975 heures – 18 mois – offert par le Groupe Collegia. Une cohorte débutera le 6 novembre et une rémunération est offerte tant pour les trois jours d’études que les deux jours de travail en CPE. Une démarche de reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) en Techniques d’éducation à l’enfance est aussi offerte par le Groupe Collegia.

Mais encore faut-il que les salaires soient attractifs et compétitifs dans un contexte généralisé de manque de main-d’œuvre. Les salaires sont normés par convention collective. Au bas de l’échelle, il est de 18,52$ de l’heure pour les travailleurs non qualifiés. « Ce n’est pas encourageant, convient Gilles Chapados. J’en ai perdu quelques-unes comme ça parce que mon salaire plancher est trop bas. »

Quatre échelons plus haut, avec trois ans de terrain et quelques 5000 heures pour être officiellement qualifié comme éducatrice suite à l’obtention d’une AEC, le taux horaire monte à 21,60$. La convention collective est toutefois échue depuis le 1er avril et la balle sera dans le camp des décideurs du gouvernement Legault pour revoir les salaires.

Des bâtons dans les roues

 

Le problème de places en garderie est bien connu. À Gaspé, le CPE Le voyage de mon enfance a dans ses cartons deux projets de 80 et 31 nouvelles places, qui ont déjà été acceptés et annoncés.

Celui de 80 places devait initialement se faire selon un modèle d’unités modulaires préfabriquées. La facture a cependant explosé de 85%. Québec a récemment décidé de renoncer à cette avenue pour les 43 CPE visés dans la province, dont celui de Gaspé. Certaines solutions ont été avancées, dont des plans standardisés, mais la finalité n’est toujours pas confirmée, ce qui retarde leur déploiement. Lors de l’annonce de ces 111 places subventionnées en services de garde éducatifs à l’enfance le 26 août 2021, le délai devait être de 24 mois pour les voir se concrétiser.

Pour le projet de 31 places sur la rue Bolduc, les plans d’agrandissement ont été envoyés au ministère pour approbation. Des appels d’offres pourraient être lancés au début de l’hiver. Le défi de la main-d’œuvre lui reste entier. « Je vois la coupe du ruban, mais sans éducatrice dedans. Et ce n’est pas binaire, avec quelqu’un ou personne. Je suis inquiet non seulement du bris de service, mais également de la qualité de service. On parle de nos enfants à un stade important de leur développement », conclut Gilles Chapados.

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