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22 août 2022

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@medialo.ca

« Des efforts demeurés timides [et] une urgence d’agir »

RAPPORT FINAL SUR LA PROTECTION DU CARIBOU

Caribou mont Jacques-Cartier parc national de la Gaspésie

©Stéphane Quintin - Gaspésie Nouvelles

La population de caribous montagnards de la Gaspésie ne compte plus qu’une quarantaine d’individus, répartis en deux sous-groupes, alors qu’on en comptait autour de 1500 dans les années 1950.

La Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards vient de publier une série de 35 recommandations à considérer le plus rapidement possible par Québec, au risque « de franchir un point de non-retour » puisque le temps a lourdement hypothéqué la situation.

C’est l’une des remarques du rapport final dévoilé aujourd’hui, suite à une tournée de consultations publiques. La Commission ne manque pas de souligner « les efforts demeurés timides » voire relatifs pour la protection du caribou jusqu’ici.

La population de caribous montagnards de la Gaspésie ne compte plus qu’une quarantaine d’individus, répartis en deux sous-groupes, alors qu’on en comptait autour de 1500 dans les années 1950. Il est classé comme espèce menacée depuis 2009 en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec. Il s’agit de la seule population au sud du fleuve Saint-Laurent.

« Compte tenu de cet encadrement juridique et de l’obligation morale du gouvernement de respecter ses engagements internationaux, il est difficile pour la Commission de conclure une réelle volonté de respecter l’esprit des lois et des conventions auxquelles le gouvernement a librement adhéré », indique-t-on dans le rapport de 78 pages.

L’abandon des hardes isolées à Val-d’Or, dans Charlevoix et en Gaspésie « ne rencontre aucune tolérance ou acceptabilité sociale », ajoute-t-on.

Parmi les 35 recommandations, celle de créer un Grand Parc national pour le caribou et la biodiversité qui servirait de base et de véritable police d’assurance à la pérennité du caribou forestier. Est aussi suggéré d’accepter la proposition de Nature Québec de créer l’aire protégée des Vallières-de-Saint-Réal en Gaspésie. Le projet d’élevage du Bioparc de Bonaventure semble de son côté « prometteur » La Commission est d’avis que les populations isolées comme celle dans les Chic-Chocs ne pourra survivre si des projets d’élevage et de réintroduction ne sont pas mises sur pied.

Le biologiste Serge Couturier, un des rares à avoir eu la chance de travailler sur les trois écotypes de caribous du Québec (migrateur, forestier et montagnard) et qui a œuvré à la gestion et la recherche sur le caribou jusqu’à son départ du gouvernement après 27 ans de services, avait présenté un mémoire à la Commission en proposant de mettre en enclos un stock reproducteur de 20 caribous (17 femelles, 3 males) pour en faire l'élevage à Bonaventure pendant trois ans. Les adultes seraient ensuite ramenés en nature alors que les caribous juvéniles nés en captivité seraient réintroduits sur les sommets des Chic-Chocs chaque mois de mai pendant trois ans lorsqu’ils seraient âgés de 11 mois. Les prédateurs seraient contrôlés pendant la réhabilitation graduelle.

Dans tous les cas, la volonté de survie du caribou doit aussi tenir compte de l’importance de maintenir une industrie forestière saine qui contribue à la prospérité du Québec, même si « les changements climatiques ne sont pas un prétexte pour ne pas agir maintenant », dixit la Commission.

Des programmes ciblés de compensation financière devraient être mis sur pied, ce qui avait notamment été suggéré plus tôt ce printemps par la députée Méganne Perry Mélançon. Le rapport final de la Commission rappelle enfin qu’il y a « une véritable urgence d’agir ». Par communiqué, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs Pierre Dufour a pour sa part indiqué que recommandations contenues dans le rapport feront maintenant l'objet d'analyses par les spécialistes de son ministère qui travaillent à l'élaboration de la stratégie à venir en 2023.

Recommandations pour la population de la Gaspésie

 

- Instaurer un moratoire sur les coupes de bois prévues à l’intérieur de l’aire de répartition et interdire définitivement les coupes en altitude (700 mètres et plus), y compris pour la récupération du bois touché par la tordeuse des bourgeons d’épinettes;

- Mettre en place un plan renforcé de contrôle des proies alternatives et des prédateurs et accroître la zone de gestion des prédateurs;

- Renforcer rapidement le programme de fermeture de chemins et leur renaturalisation;

- Procéder à la mise en place d’un enclos de maternité;

- Procéder à une étude pour mesurer l’impact de la fréquentation humaine du Parc national de la Gaspésie et identifier les correctifs qui pourraient, le cas échéant, être requis;

- Prévoir un programme de supplémentation par élevage et réintroduction en forêt pour une période suffisamment longue pour assurer la pérennité de ces trois populations.

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