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09 février 2021

Roxanne Langlois - rlanglois@lexismedia.ca

L’expérience d’un revenu de base à 375$ par semaine testé par un Gaspésien

SAINT-SIMÉON

Martin Zibeau

©Photo – Dominique Bourassa

Martin Zibeau est notamment l’un des instigateurs du Demi, la monnaie locale gaspésienne qui avait fait grand bruit en 2015.

Que feriez-vous si l’on déposait chaque semaine, sans la moindre condition, un montant de 375 $ dans votre compte en banque?

C’est ce qu’a vécu un citoyen de Saint-Siméon, Martin Zibeau, qui a fait l’objet, tout au long de l’année 2020, d’un projet-pilote portant sur le revenu de base. Tout débute en 2018. Lors d’une tournée hivernale de la Gaspésie à vélo composée de 24 arrêts dans les chaumières, le Gaspésien d’adoption se retrouve à la même table que le Dr Yv Bonnier-Viger. Si ce dernier est bien connu pour son rôle de directeur régional de la santé publique, il est aussi l’un des piliers du regroupement Alliance Revenu de Base Région Est (ARBRE), prônant la mise sur pied, dans l’Est-du-Québec, d’une assurance-revenu de base en 2040. Sans surprise, le courant passe entre les deux convives. « On a parlé du revenu de base et c’est là que j’ai appris qu’il y avait un projet concret en Gaspésie », explique M. Zibeau.

L’adepte de la simplicité volontaire, qui a pris sa retraite du salariat il y a plusieurs années pour se consacrer à des projets qui l’animent, assiste par la suite à une conférence de l’ARBRE tenue à Gaspé. Martin Zibeau partage alors avec le Dr Bonnier-Viger sa volonté de s’impliquer. Ce dernier lui proposera peu après de devenir « le chercheur et le cherché », c’est-à-dire de documenter son expérience en retour d’un salaire hebdomadaire garanti équivalant à la mesure du panier de consommation. « L’idée, c’était de faire quelque chose et de voir ce que ça créerait. Ça aurait pu prouver que ça ne vaut pas la peine. Tout était possible, mais ça ne prenait pas la tête à Papineau pour imaginer qu’un total de 19 500 $ dans un compte en banque, ça ferait plus de bien que de mal », avoue-t-il.

S’il rêvait d’un revenu universel pour tous et non pas seulement pour lui-même, celui qui sera appelé à jouer les cobayes pendant un an accepte de mener l’expérience en dépit du malaise que suscite d’abord la proposition. L’argent qu’il recevra hebdomadairement provient des poches personnelles du professionnel de la santé.

La stress chute

 

L’homme de 52 ans et père de deux enfants a donc entamé, le 1er janvier 2020, un projet pilote qui s’est achevé le 31 décembre dernier. Il dresse un constat fort positif de ces douze mois, en dépit du fait qu’ils aient été marqués par la crise sanitaire. « Ça me fait penser au slogan de la 6/49 : "Ça change pas le monde, sauf que…". Ça n’a rien changé de majeur dans ma vie : je vis au même endroit, j’ai les mêmes amis et les mêmes intérêts. En revanche, pendant un an, mon niveau de stress par rapport au besoin d’aller chercher des sous pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille a chuté », résume celui qui a l’habitude de mener à bien de petits contrats pour joindre les deux bouts.

De son propre avis, une certaine charge mentale s’est envolée. « Le gros point positif de recevoir assez d’argent pour répondre à ses besoins de base, c’est que ça libère une partie du cerveau qui est toujours en train de se demander "est-ce-que je vais avoir assez d’argent?" ou "qu’est-ce qui faudrait que je fasse pour avoir plus d’argent?". À focusser toujours sur l’argent, on peut prendre des bonnes décisions, mais aussi des moins bonnes. »

Ce dernier explique notamment avoir pu être plus présent en support à ses parents malades et davantage investi dans le processus juridique en cours relativement à la garde de ses enfants. Loin de s’être tourné les pouces, il dit avoir eu, malgré les circonstances, « une année hallucinante » sur le plan humain. L’homme originaire de Vanier estime que la somme reçue ne l’a nullement dissuadé de s’engager dans sa communauté, bien au contraire.

Et maintenant?

 

Parlant ouvertement et le plus possible de son expérience, notamment sur les réseaux sociaux, M. Zibeau relate avoir été la cible de jugements. À sa grande surprise, certaines insultes sont venues de la part de personnes qu’il connaît personnellement. Malgré tout, il compte utiliser toutes les tribunes mises à sa disposition pour partager son expérience. Pour lui, un revenu minimal garanti à chacun constituerait un investissement pour le gouvernement ainsi qu’un outil combattant directement la pauvreté. « Je suis convaincu qu’autant pour l’économie en général que pour la santé des gens, un revenu de base, c’est une chose qu’on est capable de se payer en tant que société parce que ça se paye tout seul. Les impacts que ça aurait sur notre dynamique sociale seraient incroyables », plaide-t-il.

Il cite d’ailleurs, à cet effet, les résultats d’autres expériences menées à une plus grande échelle ailleurs dans le monde. « Les gens retournent aux études, les mères monoparentales sont moins stressées et se sortent de la pauvreté, des gens créent des entreprises, ce qu’ils n’auraient pas pu faire avant et le taux de criminalité est à la baisse », énumère celui qui déplore l’absence de volonté politique dans ce dossier.

Précisons qu’un citoyen de la Montérégie, Bruno Gadrat, tente actuellement de calculer les différents impacts générés par les 19 500 $ qui ont été réinvestis dans la communauté par Martin Zibeau.

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