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07 avril 2020

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@lexismedia.ca

Le deuil au temps de la Covid-19; une épreuve encore plus ardue

Covid-19

Résidence funéraire Gaspé

©Jean-Philippe Thibault - Gaspésie Nouvelles

La résidence funéraire V. Fortin de Gaspé.

On peut clore les entreprises non essentielles, réduire au plus bas dénominateur commun les interactions sociales, confiner les gens à domicile et mettre une province en entier sur pause, mais on ne peut évidemment pas empêcher l’inéluctabilité de la mort.

Si le décès d’un être cher est déjà une épreuve en soi, la situation est d’autant plus difficile à traverser lorsque la distanciation physique est de mise. Imaginez ne pas pouvoir étreindre vos proches autant que vous le désireriez, devoir garder une séparation de deux mètres alors que vous voudriez partager une accolade, ne pas être en mesure de se réunir en famille pour se supporter mutuellement, ne pas savoir quand les funérailles pourront être prononcées puisque toutes les célébrations sont reportées et que les rassemblements sont interdits. Il est bien sûr possible de faire un dernier adieu dans le respect des mesures sanitaires imposées, mais les groupes qui se présentent sont triés sur le volet.

Autant d’anicroches auxquelles assistent quelque peu impuissants ceux qui gravitent dans le domaine funéraire. Et un peu le nouveau quotidien auquel est confronté par exemple Dan Gleeton, président et directeur général chez HG Division. « C’est assez laborieux je dirais, en commençant par l’arrêt des cérémonies de funérailles. Les peu de célébrations qui se déroulent, c’est intime et on permet seulement aux membres de la famille immédiate de se présenter avec un maximum de 10 personnes en même temps à la fois. Malheureusement, c’est pratiquement sur invitation. Les familles par contre sont très compréhensives et savent à quoi s’attendre vu la situation exceptionnelle », explique-t-il.

Au ralenti

 

Comme plusieurs autres entreprises, HG Division a dû temporairement mettre à pied quelques-uns de ses employés. C’est qu’en l’espace de 10 jours seulement [au moment de notre entrevue la semaine dernière], pas moins de 28 funérailles ont été retardées. Ce sera un peu le calme avant la tempête puisque tout ce qui est reporté maintenant devra impérativement avoir lieu plus tard. D’autant plus que dès les mois de novembre et décembre, l’inhumation des défunts était déjà impossible en raison de la neige. Les cérémonies devaient dès lors être reportées en mai. Si les mesures de confinement sont levées au début de l’été, la vague de funérailles et de célébrations risque donc d’être très forte en pleine saison estivale. Mais au-delà du défi logistique, c’est surtout la pratique de la profession qui a dû prendre une tangente bien différente. Les familles endeuillées doivent vivre autrement cette dure épreuve.

« Notre domaine est propice aux rapprochements. Les gens se collent, s’embrassent, jasent entre eux. Là, ça fait une dynamique très particulière, presque industrielle. On a bâti notre réputation sur la chaleur humaine en étant proche des gens, mais c’est mis de côté malheureusement. Les gens viennent nous rencontrer pour la planification, le choix des produits et des services, mais c’est terminé les poignées de main et le réconfort pour ceux qui en ont besoin. Ça nuit beaucoup aux opérations. Et pensez aux familles qui sont attristées nonobstant la Covid-19. La pauvre dame de 80 ans par exemple qui vient de perdre son mari, qui tombe d’un coup toute seule à la maison, qui ne peut pas se faire visiter chez elle par sa famille et qui en plus n’a pas pu faire son deuil. Ce n’est vraiment pas évident ... C’est triste », laisse tomber Dan Gleeton.

La donne a également changé sur le terrain, ne serait-ce que pour ceux qui succombent à la Covid-19. Selon les dernières directives, les personnes décédées de la maladie devaient de facto avoir recours à la crémation, peu importe les dernières volontés du défunt. Question de santé publique oblige. Dans l’ensemble de ses 34 points de service au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie et au moment de l'entrevue, HG Division avait d’ailleurs dû au moins une fois aller recueillir le corps d’une personne qui avait  trépassé des suites du coronavirus. « C’est un peu paniquant pour les employés. Le ministère de la Santé n’a pas toutes les réponses en ce moment. On nous donne des recommandations et on s’organise comme un peu. Disons qu’on redouble de protection. Et effectivement selon les dernières directives, ceux qui sont décédés par Covid-19 ne peuvent pas être embaumés. C’est soit la crémation ou on dépose le corps non embaumé dans un cercueil et l’inhumation doit avoir lieu par la suite. Pour la famille qui voudrait selon ses croyances et ses volontés avoir l’embaumement, ce n’est pas une option. On ne peut pas déposer les défunts dans un charnier non plus, ce n’est pas possible. »

Bref, en ces temps difficiles, le domaine funéraire n’est pas épargné et les familles endeuillées auront plus que jamais besoin de leurs proches. N’hésitez pas à appeler vos être chers pour un brin de jasette ou une longue discussion. Un petit geste qui fera certainement une grande différence.

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