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02 décembre 2019

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@lexismedia.ca

Budoka, théologien et néo-Gaspésien

JEAN-NOËL BLANCHETTE

Jean-Noël Blanchette

©Jean-Philippe Thibault

Jean-Noël Blanchette dans son dojo.

À l’extérieur, la mer et le ciel qui s’étendent à perte de vue. À l’intérieur, une bibliothèque pleine à craquer et un dojo clairsemé de trophées et d’articles de journaux, témoins d’une vie consacrée (notamment) aux arts martiaux japonais.

Jean-Noël Blanchette s’est trouvé un petit coin de paradis à Cap-aux-Os après une retraite bien méritée suite à 30 ans d’enseignement à la Commission scolaire de Sherbrooke. Aujourd’hui, les enfants sont autonomes et l’appel des grands espaces était plus fort que le plan de retraite prévu en Estrie. « On s’était promis ma conjointe et moi qu’à ma retraite, on irait peut-être en campagne, mais on ne savait pas où. Elle aime beaucoup la mer – moi-aussi – et les montagnes. J’avais fait le tour de la Gaspésie plusieurs fois et un ami nous a accueilli pour connaître les joies de l’hiver. Le coup de cœur était là et pas question d’aller ailleurs; on adore! », lance-t-il d’un ton enjoué.

Un bagage immense

 

Arrivé en 2017, Jean-Noël Blanchette a apporté avec lui une expérience rare dans le domaine des arts martiaux japonais. Sa feuille de route est longue et impressionnante et il faudrait plus d’espace que celui imparti dans cet article pour en faire une liste exhaustive. Docteur en théologie, fondateur du Shinbu-ryu karaté-do (une voie chrétienne des arts martiaux japonais, pour résumer grossièrement) et hanshi 8e dan ne sont que quelques-uns de ses accomplissements. Ce titre d’hanshi ne s’acquiert pas avant l’âge de 60 ans et 50 ans de pratique. Pour l’obtenir, le budoka a dû faire ses preuves devant le comité des grades de la Dai Nippon Butoku Kai (DNBK), organisme plus que centenaire créé en 1895 à Kyoto. « Le président, M. Hamada, qui est aussi hanshi, me disait que même au Japon c’est un titre très rare [...] C’est difficile de savoir combien il y en a précisément parce que certaines personnes s’auto-graduent de ce titre. Mais dans le système traditionnel de la DNBK, je suis le seul au Québec et nous sommes trois au Canada. »

À Kyoto en 2016, il a ainsi reçu de l’organisation une plaque commémorative pour son mérite, devant plus de 600 participants provenant de 21 pays, dont Sa majesté impériale, la princesse Akiko de Mikasa (une première dans la longue histoire de la DNBK). Jean-Noël Blanchette est aussi adepte des kobudo d’Okinawa (6e dan, Shihan, Renshi), du iaïdo (3e dan) et du kyudo, en plus d’avoir étudié le judo, l’aikido, le karaté Shotokan (2e dan) et le taichi.

L’homme qui soufflera 63 bougies à Noël en aura donc parcouru du chemin depuis le jour où il a commencé les arts martiaux en 1970, à Notre-Dame-du-bon-Conseil, un petit village près de Drummondville. « J’étais un enfant maigre, maladif et à l’école ça ne marchait pas, se remémore-t-il très bien. J’avais des problèmes académiques et de santé, mais aussi de violence. J’ai dû faire face à l’intimidation et un cours de karaté s’est offert alors j’ai commencé là. » Chemin faisant, il a continué à se perfectionner et le premier dan est arrivé en 1976, ce qui était quelque chose d’assez rapide pour l’époque, avant de continuer à gravir un à un les échelons et faire ses classes de maître.

Lancement de livre samedi

 

Le budoka qui vit maintenant en Gaspésie lit des livres sur les arts martiaux depuis plus de 50 ans et son expérience n’est plus à démontrer. Il a lancé samedi l’essai Spiritualités et arts martiaux japonais, qui se veut un résumé de sa thèse doctorale déposée en 2003; thèse qui a eu droit à un encadrement rigoureux étant dirigée par une Japonaise d’origine et qui a muri suite à une visite au pays du soleil levant en 1984, où il a reçu les derniers enseignements du docteur Chitosé, une marque de considération très rare pour un Occidental, tel qu’il le mentionne dans son ouvrage. « C’est une accessibilité à ma thèse doctorale, pour vulgariser les propos. On entend souvent les discours sur la dimension philosophique et spirituelle des arts martiaux japonais. Tout le monde en parle, mais malheureusement toute la littérature qu’on retrouve à l’heure actuelle a beaucoup de désinformation. On traite souvent les religions japonaises comme des philosophies athées alors que ce sont des religions. J’essaie de faire le ménage là-dedans, en disant que la dimension spirituelle des arts martiaux japonais, elle est accessible à tous, en utilisant sa propre foi ou ses propres conceptions philosophiques. On peut accéder à la dimension spirituelle des arts martiaux en étant athée, humaniste ou pratiquant n’importe quelle religion », résume l’auteur.

Ceci dit, après tous ses accomplissements, Jean-Noël Blanchette n’a pas posé ses valises dans l’intention de se tourner les pouces en regardant la mer se profiler à l’horizon. Accueilli par la communauté du BudoKan de Gaspé, il souhaite étendre ses enseignements et sa philosophie plus largement. Ayant travaillé pendant 35 ans à l’Université de Sherbrooke en partageant son expertise des arts martiaux, il espère maintenant se trouver un lieu public accessible au plus grand nombre et poursuivre dans le domaine qui le passionne depuis maintenant plus de 50 ans. Avis aux intéressés.

Jean-Noël Blanchette

©Jean-Philippe Thibault

Jean-Noël Blanchette arbore la ceinture rouge, réservée à ceux qui ont le titre de hanshi.

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