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22 janvier 2019

Jean-Philippe Thibault - jpthibault@lexismedia.ca

Méganne Perry Mélançon s’oppose au projet Galt

PROJET GALT

Méganne Perry Mélançon

©Jean-Philippe Thibault - Gaspésie Nouvelles

La députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon.

La députée de Gaspé se positionne contre l’exploitation du gisement Galt ou toute autre projet d’hydrocarbures dans sa circonscription.

Pour Méganne Perry Mélançon, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Après une analyse en profondeur et une rencontre avec le promoteur, la députée en arrive à la conclusion que les risques sont démesurés comparativement aux retombées potentielles dans le comté. À commencer par la possibilité que la fracturation soit utilisée ultérieurement dans le processus. « On n’exclut pas la possibilité de demander des dérogations au gouvernement pour de la fracturation dans la deuxième phase. Quand le projet est déjà entamé, c’est le genre de demande qui est plus facile à obtenir », soutient la députée.

La York à risque

Rappelant l’importance de la rivière York – l’une des plus saines au Québec pour la pêche au saumon et amenant beaucoup d’eau à la roue de l’économie à Gaspé – Méganne Perry Mélançon craint que l’exploitation du gisement Galt puisse avoir une incidence sur cet affluent. « Ce qu’on apprend en discutant avec les promoteurs, c’est qu’après les deux premiers forages verticaux, on oriente la trajectoire de manière horizontale pour ensuite faire en sorte que les drains qui vont extraire le pétrole se retrouvent directement sous la rivière York », soutient-elle, ajoutant que le forage horizontal est considéré à haut risque par plusieurs groupes environnementaux et que la rivière York est extrêmement fragile.

En 2018, selon le Registre des interventions du ministère de l’Environnement, huit incidents impliquant des hydrocarbures ont eu lieu dans toute la Gaspésie. La députée craint qu’une hausse significative des activités entourant le gisement puisse ultimement se répercuter dans l’environnement avec une hausse proportionnel des risques.

« Je doute également du fait qu’une compagnie albertaine ait beaucoup de scrupules quant à la manière d’exploiter le gisement et les risques encourus […] Je ne vois pas pourquoi on sacrifierait nos acquis pour des projets énormément risqués dont on ne connaît pas le potentiel économique, mais dont on sait que les redevances et retombées iront majoritairement à l’extérieur de la Gaspésie et du Québec. Je ne vois pas à quel point on est désespérés au point de vouloir laisser passer des projets d’un tel risque! » Rappelons que le promoteur du projet, Cuda Pétrole et Gaz, est issu du regroupement entre l’entreprise québécoise Junex et la société albertaine Cuda Energy.

Pas d’acceptabilité sociale

Autant l’ex-premier ministre Philippe Couillard que François Legault se sont référés au concept d’acceptabilité sociale pour autoriser – ou pas – les futurs projets d’hydrocarbures au Québec. Selon Méganne Perry Mélançon, il n’y en a tout simplement pas. « Je pense que l’acceptabilité sociale n’est plus au rendez-vous en Gaspésie. De plus en plus de personnes s’opposent et je pense aux générations qui auront à vivre longtemps avec les conséquences. Je suis convaincue à titre de députée de la volonté majoritaire de la population de la Gaspésie de mettre fin à l’exploitation des hydrocarbures. »

Dans cette optique, elle demande au gouvernement de la CAQ de mettre fin au processus et de ne tout simplement pas livrer le permis d’exploitation à Cuda Pétrole et Gaz. Par extension – mais sans le nommer explicitement – la députée se montre également opposée au projet Bourque près de Murdochville puisque son parti rejette toute nouvelle exploitation d’hydrocarbures au Québec. Elle se dit consciente que des indemnisations pourraient être accordées aux entreprises déjà impliquées dans le processus, comme ce fut le cas à Anticosti alors que Pétrolia avait notamment reçu 20,5 millions de dollars en compensations financières.

Jusqu’au 1er février

Dans un avis public publié le 2 janvier, le ministère de l’Environnement a annoncé le début d'une évaluation environnementale, qui pourrait déboucher sur un BAPE. Tous ceux qui veulent faire part de leurs observations sur les enjeux que l’étude d’impact du projet devrait aborder doivent d’ailleurs le faire par écrit au plus tard le 1er février. La députée invite tous les citoyens à se faire entendre.

En résumé

L’entreprise désire entreprendre la production de pétrole léger se trouvant dans un réservoir pétrolier conventionnel en territoire non-organisé, à environ 20 km à l’ouest de Gaspé. Cuda Pétrole et Gaz précise que la production ne nécessitera pas de fracturation hydraulique.

Il est prévu de forer 30 puits producteurs sur une superficie de 20 km2. Ce nombre exclut les six puits d’exploration déjà mis sur pied et pourrait augmenter de 25% si nécessaire. La production des puits sera acheminée par un réseau de collecte souterrain vers une station située près de la route 198, d’où elle sera expédiée.

Le pétrole visé se trouve dans un gisement compris entre 1 et 3 km de profondeur et la quantité récupérable est estimée jusqu’à 15 millions de barils. Le site pourrait produire pendant une quarantaine d’années, jusqu’en 2060, et atteindre des points à 3 000 barils par jour. Les sites de forages sont suffisamment éloignés des cours d’eau, selon l’entreprise, et des puits d’observation de l’eau souterraine seront érigés.

Sondage

Selon l’un des rares coups de sonde mené sur le sujet et présenté à pareille date l’an dernier – dans un sondage commandé par la MRC La Côte-de-Gaspé – 70% des répondants se disaient en faveur, à condition que la fracturation hydraulique soit écartée du processus. Le projet Galt est situé loin des habitations, avec environ une dizaine de chalets en terres publiques un peu plus au sud. Des environnementalistes du Camp de la Rivière ont également érigé leurs installations sur les terres publiques pendant plus d’un an non loin du site et de la route 198, en signe de protestation de tout projet d’exploitation d’hydrocarbures.

Communauté autochtone

À l’été 2017, les chefs traditionnels Gary Metallic et Suzanne Patles s'opposaient à l’exploration et à l’extraction d'hydrocarbures sur le 7e District du territoire traditionnel Mi’gmaq et demandaient un moratoire immédiat.

De son côté, le secrétariat Mi'gmawei Mawiomi – qui représente les trois communautés autochtones en Gaspésie – négocie depuis ce temps avec Québec afin de convenir d’un processus de consultation auprès de sa population. L’entité avait été avisée par Québec que l’évaluation environnementale était imminente et leur point de vue devrait être connu sous peu. Dans son formulaire de projet, Cuda Pétrole et Gaz résume en indiquant que les Mi'gmaq ont une profonde relation avec le territoire et que « des discussions avec le Mi'gmawei Mawiomi Secretariat permettront de préciser cette utilisation du territoire », sans donner davantage de détails.

Autres étapes

Selon le calendrier de réalisation, l'étude d'impact environnemental doit être déposé au ministère de l’Environnement au printemps 2019. En considérant les étapes entourant la procédure du BAPE, Cuda Pétrole et Gaz prévoit obtenir le décret gouvernemental au cours de l'année 2020, alors que le projet fera également l'objet d'une audience à la Régie de l'énergie afin d'en déterminer le bienfondé économique. Si tout va comme prévu, les forages des puits seront effectués entre 2020 et 2025.

Retombées économiques

En phase d'exploration, les retombées économiques ont été de 5,6 millions de dollars en dépenses directes auprès de ses employés ou de ses fournisseurs gaspésiens, selon les données de l’entreprise. Depuis 1999, près d'une dizaine d'emplois à temps plein ont été créés dans la région de Gaspé.

Les investissements requis pour la mise en production du gisement Galt sont estimés à 130 millions de dollars sur plusieurs années. Cuda Pétrole et Gaz estime que cet investissement global représente un potentiel direct de 85 millions de dollars en occasions d'affaires et en salaires pour des employés et des fournisseurs gaspésiens.

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